Historique

Niché au creux de la vallée du Jaudy sur la commune de St-Laurent, le Palacret s’étend sur 3,6 hectares d’environnement préservé (zones humides, espaces boisés). Cet ancien moulin de teillage de lin à l’histoire ancienne riche et variée est aujourd’hui propriété de la Communauté de Communes du Pays de Bégard.

Une commanderie hospitalière (XIIe – XVIIIe siècles)

Reconstitution cammanderieLe Palacret a certainement connu une implantation humaine très ancienne attestée par la présence proche de mégalithes. Mais c’est à partir du XIIe siècle que son histoire nous est connue lorsqu’une commanderie hospitalière investit la vallée : les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (connus aujourd’hui sous le nom d’ordre de Malte). L’ancienne chapelle Saint-Jean-Baptiste encore visible sur le site témoigne de cette époque. Cette commanderie fonctionne alors comme une grande propriété foncière féodale avec entre autres mise à disposition de ses terres, réparties sur plus de vingt paroisses implantées dans les Côtes-d’Armor et le Finistère. La juridiction du Palacret possédait également le pouvoir de haute justice. Son but était à l’origine de financer les croisades en Terre Sainte puis, dès la fin du XIVe siècle, la lutte contre les Ottomans.

Lors de la Révolution Française de 1789, les biens du clergé sont confisqués : le Palacret est morcelé, mis aux enchères et la commanderie disparait en tant qu’entité autonome.

Un moulin à grain (XVIIIe – XIXe siècles)

Le Palacret passe par la suite entre les mains de plusieurs propriétaires successifs qui n’y habitent pas, si ce n’est de manière épisodique et dont le seul intérêt est lié à l’activité du moulin à grain. Tous louent le moulin à des meuniers ou le font exploiter, l’achat étant pour tous ces propriétaires un placement plutôt qu’un réel projet artisanal ou agricole.

Zénaïde Fleuriot (1829-1890)

Entre 1812 et 1849, le propriétaire est Jean-Marie Fleuriot, père de l’écrivain Zénaïde Fleuriot. Née en 1829 à St-Brieuc, cette dernière a écrit 83 romans destinés aux jeunes filles, dont une part importante a été publiée dans la Bibliothèque rose et la Bibliothèque bleue. Sa première oeuvre publiée, La fontaine du moine rouge, prend le Palacret, sans le citer, comme décor et lieu où se déroulent les événements décrits. Le Palacret a en effet été la résidence de vacances et de convalescence de sa famille et Zénaïde y a passé une partie de son enfance et adolescence.

Un moulin de teillage de lin (XIXe – XXe siècles)

En 1871, le moulin à grains est transformé moulin de teillage de lin. A partir de 1881, la famille Le Moullec s’installe au Palacret et le teillage de lin se développe. Ce nouveau propriétaire met en place les bases d’une industrie et donne au site sa configuration actuelle en faisant construire la maison (1894) ainsi que des bâtiments annexes : étable, écurie, crèche, lavoir et fournil. En façade de la maison, on peut encore voir des pierres de taille sculptées récupérées sur les ruines de l’ancienne commanderie. Au XIXe siècle, commence la mécanisation de certaines étapes de la préparation du lin et notamment du teillage grâce à l’énergie hydraulique (1840).

Palacret avant travaux

C’est au XXe siècle que s’accentue la révolution technique du teillage. Le dernier teilleur de lin du Palacret, François Le Moullec, a d’ailleurs amené de nouvelles machines comme l’arracheuse mécanique ou la teilleuse à turbines (visible dans la partie basse du moulin). Sont également visibles les éléments d’une scierie, activité parallèle au teillage. Au cours des années 1950, l’apparition des fibres synthétiques et du coton concurrence le lin et fait péricliter le teillage dans le Trégor. Des primes sont même attribuées aux teilleurs afin qu’ils se séparent de leurs outils de production. François Le Moullec refuse, et bien que l’activité s'arrête en 1983, il continue à faire tourner les machines régulièrement afin de les garder en état et de transmettre cet héritage. Ainsi, le moulin du Palacret serait le seul moulin de teillage de lin du Trégor à avoir gardé ses machines en état de marche, et vraisemblablement un des seuls en France.

Pour en savoir plus sur l’histoire du site du Palacret, rendez-vous sur le site Internet des Amis du Palacret.